Fabe

Fabe, je l’avais entendu quelques temps plus tôt en freestyle sur une radio spé mais la première fois
que l’on se croise, de mémoire c’était à un concert du côté de Créteil en 1993.

Le courant passe de suite, il me donne un exemplaire de son premier maxi intitulé « Je n’aime pas ».

Tout est dit ! Une personnalité bien trempée, avec des analyses pertinentes et des avis souvent bien tranchés.

On se revoit quelques temps après avec les Sléo à Bagnolet, puis par la suite à Lausanne ou encore ici et là sur des dates en province quand on jouait sur des plateaux communs.
Koma faisait ses backs sur scène avec lui et Stofkry, son Dj, se chargeait de l’architecture sonore et des scratchs.
Stofkry comme le cervo, le concepteur son des Sléo, deux dj’s supers talentueux humbles, des banlieusards comme moi, on passait des bons moments, ça parlait technique, matériel de studio, scratch ou disques rares, les mc’s me comprendront 🙂

Quand il attaque son deuxième album, Fabe m’appelle et me demande un track .
J’arrive au Studio Plus 30 avec mon sampler Akai et mon Atari, Patrick Duvoisin est sur la Ssl, le titre s’appelle « Rien ne stoppe mon avancée« . J’avais samplé la voix de Dany Dan pour le refrain.
Le jour de l’enregistrement des voix quand claque la rime finale, des frissons me parcourent l’échine, le track est lourd.
20 Ans après la phrase est toujours là, elle aurait une résonance encore plus forte aujourd’hui !
Réécoutez …
Par la suite, nous ferons trois autres morceaux ensemble « Pas l’temps d’flair » avec Koma sur ma tape Volume 2, morceau inédit qu’il réutilisera sur la snippet cassette promo de cet album « Le fond la forme » puis « Visionnaire » dans « Détournement de son » et pour finir le remix de « Comme un rat dans l’coin » sur un maxi où il avait tenu à réenregistrer les voix pour coller au mieux à la musique.

C’était toujours un plaisir de collaborer avec lui, il savait ce qu’il voulait, pas de place pour les questions, il savait ce qu’il cherchait.

Salutations Fabrice, tu restes un grand parmi les grands de la discipline, un surdoué de la rime, qui incarna probablement, une partie du meilleur du Rap Français toutes périodes confondues à ce jour.

One Response to Fabe

  1. La Fleuj says:

    Bonjour

    Ce post de Logilo sur lequel je tombe à l’instant me donne envie de ressortir un message écrit il y a maintenant 2 ans jour pour jour, c’était le 15 avril 2013, adressé au Vrai Ben lors de l’ouverture de son Tumblr.

    C’est donc sous forme de lettre ouverte que je me permet de la poster ici.

    Message envoyé au Vrai Ben
    C’est d’la bonne saloperie.

    L’occasion est enfin arrivée, l’ouverture de ce blog « Mais putain c’est qui Benjamin Paulin? » retraçant l’historique du groupe me permet de livrer ouvertement tout l’intérêt que j’ai pour Puzzle.
    Auditeur passionné, je souhaite porter une intention toute particulière au groupe.
    Au nom de ceux à qui Puzzle tient et tiendra une place à part entière dans leur culture musicale, et plus largement dans l’accompagnement de certains moments de leur vie, aux premiers abords, cela parait démesuré, en effet, on ne parle qu’un d’un petit groupe indé avec deux albums sorties avec 10 ans d’intervalles et quelques titres ici et là mais si l’on privilégie la qualité à la quantité, alors oui Puzzle tient une place plus qu’honorable dans l’espace musical du rap français. Un groupe oublié, trop souvent mis de côté au profit d’autres albums médiocres surestimés, un groupe qui a surement souffert du peu de notoriété qu’il était en droit d’avoir mais au delà de tout ça, et je ne suis pas là pour déblatérer sur les vrais, les faux, le débat est aussi puéril que celui sur le mariage pour tous, il y a ceux qui se foutent des directions imposés par les modes de passage, ceux qui ont toujours défendu Puzzle depuis qu’ils ont 15 ans, de l’acné et un révolte un peu débile qui va avec l’âge du moment jusqu’à aujourd’hui, partout en France, et au delà, des grandes villes aux bleds de provinces. On est de ceux qui à notre échelle ne connaissent personne du milieu, juste des gens du coin.

    « Quand la jeunesse marche ensemble »
    J’alternerai avec « je » et « nous » car il me semble judicieux de parler au nom de mes proches, nous sommes en 98, au milieu du pays, aucune ville importante si ce n’est Nevers capitale du département, le lycée pointe le bout de son nez, et je quitte le collège avec dans un sac à dos, quelques k7 enregistrés avec les moyens du bords blindés de musiques piochées à droite à gauche, Michael Jackson et Mc Solaar sont les deux artistes qui vont m’amener doucement vers le hiphop tout comme l’entrée dans l’adolescence avec une affirmation de caractère de plus en plus prononcé, le hiphop m’ira très bien, et tout ce qui en découlera aussi par la suite comme la peinture.
    Pas de radio Nova, de prémices du rap, de discours d’anciens, de grands frères pour faire écouter, tout ça c’est pas notre époque, j’emmerde le discours de ceux nés dans les 70’s qui jouent les vieux, accusent ceux nés après, comme si il ne pouvait pas comprendre, je suis du deuxième album voir du troisième de Fabe, pour le reste on se rattrapera avec le temps, on a pas choisit notre date de naissance, nous c’est famille moyenne ou pauvre sans histoire particulière, une jeunesse relativement tranquille, un parcours scolaire « normal », la musique au collège c’est la radio, les BO de films et génériques de série et dessins animés. Les premiers mélanges de mix tape et de morceaux diffusez sur Skyrock (le rap commercial c’était mieux avant) nous serviront de médias relais.

    Nous ne sommes pas spécialement des citadins et ne connaissons pas les shops spécialisés, on s’en branle, et rare sont les montées à Paris. Il n’ y a que des heures d’auto car traversant le monde rural pour rejoindre le collège avec un vieux wakos ou le bouton play qui ne tient qu’avec un cure dent, munis d’un stylo pour démêler les bandes.

    Le monde rural comporte une misère bien sous estimé et négligé des gens de la ville…

    On est la génération rap mi 90’s de province, qui par le biais de quelques magazines comme Radikal ou la FM ne savent pas grand chose, parce que mettre une cannette de coca sur l’antenne du poste radio et placer le tout judicieusement au bon endroit dans la chambre pour obtenir un son à peu près correct, tel un maquisard dans sa tranchée à l’affût des prochaines infos révèle une sacrée détermination à notre échelle pour ne pas manquer les inédits.
    Nous étions logés à la même enseigne, pas de grosse ville, pas de relais, donc une filtration très compliqué des groupes indépendants pour la plupart de Paris et banlieues qui se développent à ce moment là, c’est le temps ou les bacs des rayons se garnissent, des groupes signés, où l’on connait en moyenne chaque grosse sortie rap, et qu’il nous faut soit les pétas ou choisir avec précaution celui dans lequel on lâchera un billet……
    « Les lions vivent dans la brousse » comme évoquait AL.

    Opération freestyle de Cut killer dérobé à Carrefour pendant que la daronne fait les courses, est le premier contact avec l’un des groupes qui me suivra jusqu’à aujourd’hui, la trentaine au prochain virage avec toujours la même passion….. »On perd notre vie à la gagner ». Je ne tilte pas de suite….noyé par tout le reste.
    C’est « Jamais trahi remix » qui pose le truc, je n’ai ce morceau que sur une compile de Groove, il sera le seul track qui retiendra mon intention, il m’interpelle et s’incruste dans un coin du cerveau, je me renseigne avec le peu d’infos qui circule à l’époque…Les sons de Puzzle nous arrivent au compte goutte, ils sont rares et entre le premier album et le second, pourtant exigeant, il n’y a rien à jeter, de tout ce que nous arrivons à filtrer de diverses compilations sans aucun média ni internet, je suis rarement déçu par les minces apparitions.

    « Ici et maintenant » passe un soir dans l’émission « B.O.S.S » il me semble, enregistré in extremis, une claque. Voila tout ce que j’aurais de ce morceau comme beaucoup d’autres en fait et je m’en contenterai suffisamment pour les années à suivre. Le morceau me fait l’effet d’un pavé dans une vitrine, textes et production en adéquation parfaite, une gouache que peu était capable de retranscrire, à faire gonfler les veines, j’ai toujours imaginé ce son comme la BO d’une manifestation en tête de cortège, suivi de « Qu’est ce qu’on attend » d’NTM, des projections imagés de musiques militantes, quelque chose de guerrier comme un Ante up d’MOP, dans un contexte très français, un cri d’urgence, hymne au bordel, au ras l’bol général, toujours d’actualité, »Ici et maintenant » tout comme  » J’rap comme si j’allais mourir demain » et « Pousse ça à fond » avec ses violons fous restent intemporels, remettant à leur place tout les morceaux gueulards nuls et mal foutus du moment.

    J’ouvre une parenthèse pour le morceau « Epelle mon nom d’Harcèlement textuel, autre morceau ultime de l’écurie Logilo, parce que oui, il y en a qui encore aujourd’hui prenne un plaisir énorme à foutre ce son très fort en étant persuadé que ce morceaux encore aujourd’hui, est une des pierres qui forment l’édifice d’une certaine vision du hiphhop en France…la saturation sonore d’aujourd’hui obstrue la mémoire…Il faut sacrément être de mauvaise foi pour ne pas reconnaître la puissance d’un tel morceau, le flow d’Harlem est impressionnant… parenthèse fermée.

    Je grandis, nouvelles connaissances, amis, frères d’intérêts artistiques et de visions communes, petits hiphopeurs locaux devenu grand, Paris, Chatelêt et ses mixtape à Ekirok pour avoir les nouveautés rap indé et encore….les concerts, les soirées, les rassemblements, ça n’existe pas ici ou très peu, on fait avec ce qu’on a, chacun fait partager ses achats, prête ses trouvailles….puis vînt le jour ou l’album éponyme débarque, en 99, première année de lycée si ce n’est la dernière du collège, je ne sais plus, au sein du noyau d’alien que l’on forme….commence alors 15 années de fidélité, la chaine hifi rendra l’âme, pas le skeud.

    Il est rare d’apprécier dans la totalité 4 mcs d’une même équipe, on a souvent une préférence, mais étonnement, cette magie portée par DJ Logilo placera PUZZLE comme un groupe unique et inégalable car complémentaire, chacun à son timbre de voix et une intelligence d’écriture et on ne bouge pas moins la tête quand l’un ou l’autre démarre son couplet. Rare.

    Cet album éponyme d’une durée parfaite sera gravé, copié, rayé, perdu et transporté, dans les postes de voiture, dans les walkmans et lecteurs cd, seront incrustés, digérés, connus par cœur, suivant du bout des lèvres chaque phases, chaque rimes de chacun des membres au fur et à mesure des années, le casque sur la tête, m’accompagnant lors des trajets dans les transports en commun, dans un squat de pote à hurler « pousse ça à fond » comme des débiles, autour de centaines de pilons roulés à l’ombre des casquettes Lacoste de jeunes campagnards et citadins, lors de rassemblements éphémères à X endroits de France et même au delà, Cd Verbatim dans la boite à gant à l’arrache pour les vacances…. 5 inconnus auditifs me suivent, nous suivent et nous ‘accompagnent de l’adolescence au passage adulte et nous collent aux basques: Tony, Zedoo, Resha, Ben et Logilo.

    L’attente est longue….
    Jamais dans mon entourage de l’époque et même encore maintenant ne remet en question l’efficacité du disque, une pièce maîtresse qui marque l’histoire du hiphop français, indéniable pour nous mais tellement peu présent lors de rétrospective sur les soi-disant morceaux ou albums cultes que l’on trouve ici et la sur des sites spécialisés. Puzzle n’apparaît jamais. Entre Lunatic et Puzzle, aucun doute, mon choix est fait même si je reconnais les atouts esthétiques de « Mauvais oeil », l’énergie du « quator » me parlera beaucoup plus.
    Chacun son real hiphop, je ne suis pas assez de droite pour aimez Booba, même à ses débuts, il ne m’a jamais touché, il me faut sans doute un recul trop large pour l’apprécier, aujourd’hui, je n’y arrive plus, j’ai muri, je le comprend mais ce n’est pas suffisant, et bien que le rap à la première personne soit parfois plus intéressant et en dise souvent beaucoup plus qu’un texte démago et revendicatif, les conneries primaires que je relève me toucheront plus difficilement, toujours avec un certain malaise.

    « On croyait qu’t’étais mort où est c’que t’étais passé »

    10 ans se passent, aucune nouvelle du groupe, ni même une actualité me frustre, ils branlent quoi les mecs bordel, le paysage musical hiphop pue la morosité dans un ensemble rongé par l’égocentrisme de certains et la pleurniche des autres et rien à l’horizon, on est en droit d’avoir un deuxième album…..puis la rumeur annonce un projet en gestation, un concert est programmé au Nouveau Casino suivi de la sortie d’un nouvel opus, putain, enfin, c’est l’retour du Puzzle. Le plaisir est la, le concert est blindé, je remettrai un bif pour celui à la Maroquinnerie, reblindé, une émulsion certaine pour un groupe qu’on attend depuis 1999. Moi et quelques mutants achèteront l’album sans hésiter, on ne fera pas la même connerie que pour le premier lors de la réédition du skeud avec les inédits….désormais introuvable.
    Même constat après deux quinquennats, on observe à travers les vitres rayées du métro aérien ligne 2 qu’entre « le soleil me promet la lune » et « quartiers chocs », rien n’a vraiment changé, la teuf sur une autre planète, ce n’est pas encore pour aujourd’hui.
    Merci donc pour la dose de pessimisme de « Viens m’chercher », l’album a un sale caractère, il est introspectif et revomit 10 années d’effritement sociale, surement trop âpre pour le public d’aujourd’hui qui s’immole de brillance et de luxe, mais nous, c’est tout qu’on attendait, les veines regonflent à l’écoute de « Fais le toi même  » on retrouve l’esprit, sur le fond et la forme. Pas de souci, le plaisir est là.

    Il est une quête que je me suis lancé voici quelques temps, récupérer chaque vinyl des maxis de l’album éponyme et il me semble, je m’en rend compte en écrivant ces lignes que je viens de rassembler toutes les pièces avec l’achat du dernier « Jamais trahi » il y a quelques jours en montant à Paris chez CrocodisK….je me passerai de décrire l’engouement en découvrant la galette d’ « Ici et maintenant  » lorsque le vendeur du shop me l’a sorti du bac.. un classique matérialisé par un objet, une pochette, un visuel, le morceau devient tactile, palpable.

    Car sortir un projet musical physique est un parti pris risqué de nos jours mais tellement précieux, fruit des entrailles de chaque activiste passionné, quasi suicidaire pour de faibles finances d’indépendants, c’est un geste à saluer et soutenir car elle est la preuve d’une implication sincère, dévouée et passionnée.
    La musique souterraine qu’elle que soit le style, est une musique viscérale à soutenir.
    « Y a pas qu’le rap, y a pas qu’le sport, y a pas qu’le street wear… »

    Une quinzaine d’années plus tard, depuis nos premiers rapports non protégées avec le hiphop, nous sommes toujours de ceux qui défendent cette culture auprès des non avertis, mais juste capable d’en supporter une partie infime, le reste s’étant maqué depuis belle lurette avec les valeurs libérales de droite et propos conservateurs libéraux d’extrême droite.
    Ce qui réduit le nombre de mutants composant ce « mouvement » sincères et honnêtes dans la démarche à se démarquer d’un gros paquet de pompes à vélos se définissant grands défenseurs du soi-disant mouvement rap français, qu’ils soient puristes réactionnaires intolérants ou requins grands porteurs d’idéaux maladroits, je pense qu’il est préférable de prendre ses distances pour pouvoir mieux l’apprécier, et éviter de vouloir convaincre le monde entier en imposant cette idée de monopole du bon goût. Qu’il est difficile de porter en son cœur une musique que l’on estime mais qui souvent devient le réceptacle d’un vrai bordel contradictoire, je pense que « Suicide commercial » parle de tout ça….inutile de ressasser… si seulement quelques Mcs auraient pu avoir la cohérence de défiler aux côtés de L’UMP lors des dernières manifestations….
    « Je rappe pour les miens, tiens aussi pour les meufs, les deps, les bourges, les travs les poucaves et les fils de keufs, comme tout les rappeurs je chante pour les exclus en somme sauf que moi je n’en exclus personne. »

    Puzzle a toujours su éviter de tomber dans la caricature, d’avoir cette prétention moralisatrice, d’avoir toujours su trouver les mots justes sans intellectualiser les propos, sans que cela en devienne chiant même à la 10 ème écoute, alternant entre ambiance introspective et bourrine toujours avec une formule qui frôle peut-être la perfection.
    Alors bien sure, aucune œuvre n’est parfaite pour celui qui l’a crée mais seul le public est en droit de l’a définir comme telle. Le doute est une qualité artistique, les artistes sûres d’eux sont trop souvent d’un mépris insupportable.
    « Est ce que tu vois c’que j’veux dire, un jour de r’mise en question qui ponctue chaque certitude par un point d’interrogation. »

    Les deux albums n’ont en tout cas pas fini de tourner, vinyls, CD et mp3, ils seront toujours à porté de main, pour une ambiance de soirée ou un trajet en bagnole jusqu’au jour ou peut être si j’ai un gosse, il pourra à son tour dire: « ce sont ces artistes emblématique qui ont marqué mon père et ses potes quand ils avaient mon âge » tout comme je l’est fait avec François Beranger pour mes parents.

    Merci
    La Fleuj

    PaiX

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